Confinés sur un caillou

Des îles ont été prises d’assaut par les résidents secondaires à l’annonce du confinement il y a un mois. D’autres non. C’est le cas de l’île de Sein dans le Finistère. Le maire a pris un arrêté dès le début, permettant seulement aux résidents principaux d’y rester ou de revenir.

Vivre confiné sur une île de 1 800 mètres de long et de 500 mètres de large : “Je voudrais être nulle part ailleurs”, confie Luka Arhan. Le jeune homme de 19 ans vit à l’île de Sein, où il vient d’acheter une maison. Comme lui, ils sont environ 150 personnes assignées sur cette île à une heure de bateau de la côte sud finistérienne (Bretagne). Seuls les résidents principaux ont eu le droit de rester ou de venir s’y confiner. “Le maire avait pris un arrêté avant l’annonce du confinement général. Les résidents principaux qui sont arrivés ont dû rester 14 jours chez eux et ils devaient sortir avec des masques et des gants”, explique Luka qui a remarqué l’arrivée de 2 ou 3 personnes qui ne viennent que très rarement dans l’année. “Si j’avais été résident secondaire je ne serais pas venu. Ils sont mal vus.”

Guillaume Fouquet aussi vit sur l’île avec sa femme Anna. Le couple vient d’accueillir leur premier enfant. Le trentenaire est marin pêcheur sur des bateaux en Afrique et devait repartir le 18 mars. Mais il a pris une marée sans solde pour la naissance de sa fille deux jours plus tard. Rester confiné encore plusieurs semaines ne le préoccupe pas du tout. “Peut-être sauf pour les rendez-vous de ma fille. La médecin peut faire les vaccins ici, mais les radios c’est plus compliqué. Pour l’instant le bébé se porte très bien!

Quand les gendarmes sont arrivés “tout le monde était au courant”.

Luka confie que sur l’île de Sein personne ne sort avec une attestation, “mais tout le monde joue le jeu. On fait attention, on respecte les gestes barrières.” Guillaume ajoute : “Quand on sort on essaye d’être le moins nombreux possible.” La dizaine de jeunes de Sein dont font partie Luka et Guillaume, a tâté le terrain pendant les premiers jours. “Au début on savait pas trop ce qu’on avait ou pas le droit de faire”, reconnaît Luka. Avec ses amis ils se lancent alors dans une partie de pétanque. “Le maire nous a un peu engueulé. Depuis on fait gaffe.” Quant aux gendarmes ils sont venus sur l’île une fois, fin mars. “Tout le monde était au courant. Ils sont arrivés le midi et ils sont repartis à 15h par le même bateau”, se souvient le Sénan. Une personne a tout de même été verbalisée de 135€.

L’inquiétude pour les commerces

L’île est ravitaillée deux fois par semaine : le jeudi et le mardi. “On ne manque de rien ! Après on mange moins d’araignées et de homards, mais bon c’est pas vital”, plaisante le jeune papa. L’inquiétude est plutôt du côté des commerçants. L’île compte une supérette et plusieurs bars et restaurants. “C’est le moment de l’année où ils font de la trésorerie, explique Luka. Moi je m’en fous qu’il y ait des touristes, mais pour eux c’est vraiment important. J’espère qu’ils obtiendront des aides de l’Etat.”

93250214_655685704999485_2723233918223384576_n

3 à 4 personnes peuvent être évacuées par traversée

Aucun Sénan n’est tombé malade. Deux suspicions de Covid-19 seulement, que la médecin a vite écartées. “Il avait fait beau, tout le monde est sorti en t-shirt et ils ont chopé la crève”, résume Guillaume. La docteure est accompagnée d’une aide soignante, du mardi au jeudi, qui veillent sur les personnes âgées, “comme le reste de l’année. Les choses n’ont pas énormément changé”, émet Luka.

Si une personne contracte le virus c’est à la SNSM (société nationale de sauvetage en mer) de se charger de son évacuation. Luka et Guillaume y sont bénévoles. Ils ont reçu une courte formation et quelques consignes. Equipés de masques, de gants, de charlottes et de surblouses,  ils peuvent évacuer 3 à 4 personnes en une traversée. Ils sont les seuls à pouvoir faire la liaison médicale avec le continent. “Il n’y a plus d’hélico. Celui qui s’occupe du département est parti aider dans les Antilles”, raconte Luka.

 

Photos : Luka Arhan