À vos masques ! Prêts ? Sortez ?

Lors de son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron a évoqué le port d’un “masque grand public” destiné à l’ensemble de la population à l’issue du confinement. Beaucoup d’interrogations entourent cette annonce.

Des masques pour tous à l’issue du confinement ? Emmanuel Macron n’a pas éludé le sujet lors de sa quatrième allocution aux Français depuis le début de la crise sanitaire. Il a annoncé que “l’État (…) devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique”.

80 prototypes de masques créés

Au début de la crise, les stocks étaient réservés exclusivement aux personnes en contact direct avec le virus. Malgré quelques balbutiements dans la communication, le port du masque en milieu extérieur est désormais recommandé à un public plus large. Pour ne pas diminuer les stocks de masques FFP2 et FFP3, destinés aux soignants car plus protecteurs, un approvisionnement alternatif est mis en place.

Selon le président, les masques grand public seront livrés grâce “aux importations et à la formidable mobilisation d’entrepreneurs et de salariés partout sur le territoire pour produire massivement ce type de masques”. Ces derniers jours, l’industrie textile s’est mobilisée pour produire des masques en tissu, dits “alternatifs”. A priori, ils permettront à la population “en troisième ligne”, c’est-à-dire aux personnes les moins exposées au virus, de se doter d’une protection.

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Manfred Richter/Pixabay.

Sur le territoire national, environ 80 prototypes ont été créés et testés pour répondre à des normes sanitaires. Dans le Grand Est, un modèle-type en tissu a été mis en place en une quinzaine de jours fin mars. Un conglomérat d’entreprises se charge désormais de sa production. Sur son site, la région annonce une production à terme de 500 000 masques par semaine. Au total à travers l’hexagone, une centaine d’entreprises textiles a répondu favorablement à l’appel de la Direction générale des entreprises pour participer à l’effort national. 

A l’échelle individuelle, des tutoriels pour la fabrication de masques “faits-maison” se multiplient sur internet. Fabriquées avec du coton, à partir de mouchoirs en tissu, ou même de chaussettes, ces innovations maisons peuvent être customisées selon les goûts. Mais leur efficacité est très incertaine. Sans contrôle stricte, nul ne peut garantir le respect des règles sanitaires.

Une course contre la montre lancée

La gestion des masques pour les personnes “en première ligne” a été vivement critiquée ces derniers jours. Dans une enquête publiée par Mediapart le 2 avril, la responsabilité gouvernementale de la pénurie est pointée du doigt.

Qu’en sera-t-il pour la logistique de production et de distribution de ces “masques grand public”? Emmanuel Macron parle d’une production “comme en temps de guerre”. Les entreprises produisants les masques réservés aux soignants ont été réquisitionnées. Leur production sera “multipliée par 5” dans les semaines à venir. Pour les masques grand public, les autorités ont pour objectif d’en produire un million par jour. 

Dans un entretien au JDD publié le 24 mars, Olivier Véran faisait les comptes : “Si on considérait que 100 % des Français devaient porter un masque en en changeant toutes les quatre heures, cela nous ferait 248 millions de masques par jour. Sur cent jours, il faudrait 24 milliards de masques…. L’industrie française ne pourra pas assumer seule cette production, et les importations seront essentielles pour garantir un masque pour tous les Français d’ici le 11 mai, début du déconfinement. 

Avouant lui-même que des questions restent aujourd’hui sans réponse, le locataire de l’Elysée se laisse du temps pour ajuster le tir : “Le gouvernement présentera d’ici quinze jours (…) les détails d’organisation de notre vie quotidienne” pour l’après-confinement. 

Une annonce guidée par les avis scientifiques

Mais pour prendre des décisions, les recommandations scientifiques prévalent. Le 2 avril, l’Académie Nationale de Médecine publiait un communiqué dans lequel elle  recommande que le port d’un masque “grand public ”, aussi dit “alternatif ”, soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ”. Le gouvernement suit surtout l’avis du conseil scientifique qu’il a mis en place au début de la crise. 

A l’échelle internationale, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met en garde contre un usage “contre-productif” du masque. L’efficacité d’une telle mesure n’est réelle que si elle est associée à des conditions d’usage strictes : le masque doit bien couvrir le nez et la bouche, il ne doit pas être touché lors de son utilisation, et le porteur doit se laver soigneusement les mains après le retrait de la protection. 

La population française étant peu habituée à porter un masque dans les espaces extérieurs, le gouvernement devra, en plus d’assumer la distribution des protections au grand public dans les temps impartis, assurer un travail pédagogique sur l’utilisation d’un tel objet. 

Photo : Killian Moreau