Narcos Venezuela, les Etats-Unis veulent la tête de Maduro

Alors que le monde a les yeux rivés sur l’évolution de la pandémie de Covid-19, l’étau se resserre sur le Venezuela. Après un an de crise politique sans grande évolution, Washington montre les muscles.

Les États-Unis inculpent Nicolas Maduro pour narcoterrorisme et déploient début avril une force navale au large du Venezuela. En presque trois semaines, Washington a significativement accentué la pression sur la république bolivarienne. Deux hommes se disputent, depuis janvier 2019, la légitimité de la gouvernance du pays. D’un côté, Nicolas Maduro, successeur d’Hugo Chavez et de sa révolution, bénéficie de l’appui notable de l’armée ainsi que de ceux de la Russie et de la Chine. De l’autre Juan Guaidó,  le président du Parlement, autoproclamé président de la République par intérim, s’est assuré le soutien des États-Unis et d’une cinquantaine d’autres pays dont la France. Malgré de nombreuses manifestations contre le pouvoir en place, un exode massif de la population et d’importantes sanctions économiques, la situation politique dans le pays a jusqu’ici très peu évolué. Maduro tient bon.

Washington passe à l’attaque

Fin mars dernier, la justice américaine accuse Nicolas Maduro et plusieurs des pontes du régime d’être à la tête du cartel de la drogue vénézuélien Los Soles.  Un nom qui évoque les soleils que portent sur leurs uniformes les généraux de l’armée bolivarienne. Les soupçons de connivence entre le pouvoir vénézuélien et cette organisation criminelle ne datent pas d’hier. Ils sont fréquemment mis en avant par la justice américaine qui a poursuivi, depuis la création du cartel dans les années 1990, plusieurs hauts-gradés du régime. Dans la foulée de l’inculpation de Nicolas Maduro, William Barr, le procureur général des Etats-Unis, annonce qu’une récompense pouvant aller jusqu’à 15 millions de dollars serait versée pour toute information menant à sa capture ou à sa condamnation. Est aussi dressée une liste de dignitaires du régime avec cette fois 10 millions de dollars à la clé. Sous la direction du chef d’Etat et d’autres membres de son administration, le cartel de Los Soles aurait cherché, selon l’acte d’accusation étudié par le New York Times, à “enrichir ses membres” et à “inonder les États-Unis de cocaïne”.

Affiche publiée par la Drug Enforcement Administration (DEA) le 26 mars 2020.

 

Comme un air de déjà-vu

Le 1er avril, Donald Trump annonce le lancement d’une opération anti-drogue majeure : une flotte de guerre est envoyée en direction de la république bolivarienne “pour protéger le peuple américain contre le fléau mortel que sont les drogues illégales”. A compter de cette date, navires de combats, avions de surveillance et forces spéciales se positionnent au large du Venezuela dans le cadre de ce qui se trouve être le plus important déploiement militaire dans les Caraïbes depuis l’invasion du Panama en 1989. Le dictateur Manuel Noriega, lui aussi accusé de narcotrafic, avait alors été renversé par une invasion américaine. Cette fois-ci, c’est le président vénézuélien qui est dans le viseur de Washington. L’objectif pour la Maison-Blanche est clair : affaiblir “le régime illégitime de Maduro, qui compte sur les profits induits par le trafic de narcotiques pour maintenir son emprise sur le pouvoir”.

Un trafic de drogue à grande échelle ?

Si on se fie à ces accusations le président de la République bolivarienne se procurerait, contre livraison d’armes, de la drogue produite par ses alliés de la guérilla colombienne des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Lui et d’autres membres du régime auraient organisé un trafic de drogue à grande échelle qui transiterait jusqu’aux États-Unis avec l’aide de plusieurs pays d’Amérique centrale dont le Honduras. Une thèse confirmée par Christophe Figuera, l’ancien chef des services secrets de l’armée vénézuélienne, déserteur depuis mai 2019. Et ce n’est pas la première fois que l’entourage de Nicolas Maduro est la cible de ce type d’accusations. Deux des neveux du dirigeant sont actuellement incarcérés aux États-Unis. Les deux hommes ont été arrêtés en 2015 par la Drug Enforcement Administration (DEA), l’agence anti-drogue américaine, pour avoir tenté de faire entrer 800 kilos de cocaïne dans le pays.

En réaction à ces accusations et au déploiement militaire au large de son pays, Nicolas Maduro adresse, le 3 avril, une lettre au peuple américain. Dans celle-ci, il dénonce une manœuvre électorale, réalisée “sans aucune preuve” et une opération menée dans le but de menacer son pays et visant à enclencher un “coûteux et sanglant conflit militaire”. Le président vénézuélien a aussi appelé à la levée des sanctions contre son pays, économiquement à genoux et menacé par la propagation du coronavirus.

Photo : en.kremlin.ru