Keir Starmer, nouvelle figure plus conciliante à la tête du Labour

Désigné à la tête du parti travailliste britannique le 4 avril dernier, Keir Starmer incarne un pont entre les différentes sensibilités du parti. Dans un pays touché par le Covid-19, il s’affiche dans une opposition constructive vis-à-vis de Boris Johnson. 

Le Labour s’est trouvé un nouveau leader. Désigné le 4 avril dernier, Keir Starmer sait que le costume est lourd à porter. Encore plus après la pire défaite électorale du parti depuis 1935 lors des législatives de décembre dernier. En remportant le suffrage auprès des 580 000 membres du parti travailliste, Keir Starmer est assuré, sauf surprise, d’en être l’incarnation jusqu’aux prochaines élections législatives, prévues pour 2024. Avec 56,2% des suffrages, il a remporté une campagne longue et sans réel suspens, devançant la protégée du leader sortant Jeremy Corbyn, Rebecca Long-Bailey.

« Il a la vertu de n’être ni Boris Johnson ni Jeremy Corbyn »

Pour de larges pans de la presse anglophone, le changement est salutaire. “Un homme politique sérieux”, s’enthousiasme The Guardian dans un éditorial, alors que The Independent applaudit un leader qui a “la vertu de n’être ni Boris Johnson ni Jeremy Corbyn”.  The Economist et le New York Times voient en lui un “potentiel Premier ministre”. La presse conservatrice, à l’instar du Daily Telegraph, estime quant à elle qu’un nouveau “Londonien de l’aile gauche” a pris les rênes du parti.

Une position plus centriste

Les journaux peinent toutefois à s’accorder sur le positionnement de Keir Starmer. Le député londonien a été élu sur sa volonté “d’unifier le parti”, sans préciser comment. “Il n’y a pas de prise de parole forte ou de politique phare qui permettent de comprendre le projet naissant de Keir Starmer”, résume The Guardian. Ancien avocat spécialisté dans les droits humains, il n’a fait son entrée en politique qu’en 2015 en devenant député à Saint-Pancras dans le centre de Londres. Il était depuis 2016 le responsable du Brexit au sein du Labour. Il a souvent poussé pour un second référendum, s’attirant les foudres de l’aile gauche du parti qui l’accuse de pousser la population pro-Brexit du nord du pays dans les bras du parti conservateur.

Parmi les quelques promesses énoncées figurent une hausse de l’impôt sur le revenu pour les 5% les plus riches, une “gestion commune” des services publics comme le rail ou l’énergie et le maintien de la liberté de mouvement avec l’Union européenne. Le nouveau “gouvernement fantôme” (shadow cabinet), sorte d’équipe gouvernementale factice de l’opposition, peut aussi refléter le positionnement de Keir Starmer. On y retrouve une douzaine de personnalités de tendance plus centriste au sein du Labour comme Ed Miliband, ancien chef de file entre 2010 et 2015. Mais Keir Starmer n’oublie pas l’aile gauche en confiant des postes à responsabilité à des proches de Corbyn. Sur la forme, la position de Starmer semble donc plus centriste, rassembleuse. Sur le fond, le nouvel homme fort semble pourtant rester proche du programme élaboré par l’aile gauche en 2017. Une manière de ne pas la froisser et de ne pas se mettre à dos Momentum, le think tank associé à Jeremy Corbyn, influent dans les arcanes du parti, fort de ses 40 000 membres.

De nombreux défis à relever

Les défis sont nombreux pour Keir Starmer alors que la crise du Covid-19 frappe le Royaume-Uni. Il se retrouve d’emblée dans une position délicate : doit-il incarner une opposition radicale ou constructive en cette période ? Le Financial Times le dit prêt à participer à un gouvernement de coalition si la demande venait à lui être faite. Lui a en tout cas déclaré vouloir s’inscrire dans “un débat constructif avec le gouvernement, et pas une opposition pour le plaisir de s’opposer”.

Outre le Covid-19, Keir Starmer devra rétablir la confiance en un Labour critiqué pour son antisémitisme larvé, “une tache sur le parti”, a-t-il déclaré. Il devra également formuler une politique claire sur les défis de demain : politique environnementale, service public, inégalités croissantes. Pour cela, il devra mettre en avant son “talent d’orateur rompu aux plaidoiries” évoqué par France Culture en janvier tout en délaissant ce côté “fade” pointé par le New York Times. Tim Dale, professeur en sciences politiques à la Queen Mary University de Londres, résumait en ces mots le futur duel entre Boris Johnson et son challenger dans les colonnes du journal américain : “Nous allons voir une bataille entre le charisme et la compétence.”

Photo : Equipe de communication de Jeremy Corbyn