Epidémie de LGBT-phobie

Avec la pandémie de Covid-19, les minorités LGBT+ – lesbienne, gay, bisexuel, transgenre – du monde entier voient émerger ou se renforcer des mesures discriminantes à leur encontre.

Pourriez-vous s’il vous plaît quitter la résidence car nous savons que vous les homosexuels sont (sic) les premiers à être contaminés par le Covid-19.” Ce mot, reçu par un couple d’hommes le 26 mars sur le pare-brise de leur véhicule à Marseille, illustre le nouveau visage de la LGBT-phobie en ces temps de crise et de fake news. Une haine alimentée, entre autres, par de nombreux responsables religieux qui font directement le lien entre la communauté LGBT+ et l’apparition du virus. 

Aux Etats-Unis, c’est le pasteur de la Maison Blanche, Ralph Drollinger, qui a affirmé que le coronavirus était causé par Dieu pour punir l’homosexualité. Ces commentaires sont dégoûtants et ce n’est certainement pas quelque chose que le président Trump croit” a réagit la Maison Blanche. Le pasteur conspirationniste et animateur radio Rick Wiles s’est réjoui en direct à la télévision de la mort de plusieurs activistes LGBT+ décédé.e.s du Covid-19 dont celle de l’avocat Richard Weber. Il défendait bénévolement cette communauté. Selon le pasteur, ce décès prouve que Dieu est en train de punir les LGBT+ pour leurs péchés à l’aide du coronavirus. ⁣⁣⁣⁣⁣

Un risque de discrimination dans l’accès au soin

Si certains lient l’homosexualité et le Covid-19, d’autres refusent d’engager des soignant.e.s homosexuel.le.s. À New-York, le parc de Central Park a vu fleurir des dizaines de tentes médicalisées pour accueillir des malades du coronavirus alors que les hôpitaux de la ville sont saturés. Ces tentes sont celles du Samaritan’s Purse, association humanitaire dont tous les soignants doivent prêter un serment assez particulier : affirmer que la transidentité n’existe pas et que l’homosexualité est un péché. Composée de près de 3 000 salariés et 190 000 volontaires, cette association relève de l’Eglise évangélique de Franklin Graham, fils de Billy Graham, un célèbre pasteur et prédicateur décédé en 2018.

Alaska Medical Detachment, Samaritan's Purse conduct joint operations in disaster response exercise
Le serment antigays des soignants de l’association Samaritan’s Purse fait planer le doute sur la bonne prise en charge des malades LGBT. Megan Leuck Staff Sgt. / Public Domain.

“Le pasteur homophobe Franklin Graham doit garantir que tous les patients LGBTQ ayant le Covid-19 seront traités avec dignité et respect”, a averti Brad Hoylman, sénateur démocrate de l’Etat de New York. Le maire de New York, Bill de Blasio, s’est aussi inquiété de la présence de Samaritan’s Purse et du respect de l’équité des soins. Le président de cette association chrétienne, présente dans 100 pays du monde, affirme de son côté que les patients LGBT+ ne seront pas discriminés. Les malades ne seront pas admis – et donc choisis –  directement par Samaritan’s Purse, mais envoyés par l’hôpital Mount Sinai qui garde, pour le moment, le contrôle des opérations.

Mais face au nombre de malades en hausse, on peut estimer que de nombreuses associations religieuses porteront main forte. Les Etats-Unis sont devenus le pays le plus touché et les autorités estiment que la pandémie pourrait faire entre 100 000 et 200 000 morts. Et ce, dans dans un État où l’accès aux soins est déjà discriminant.

Les droits LGBT+ menacés

Malgré l’appel de l’ONU, mardi 21 avril, à protéger les personnes LGBT+ pendant la pandémie, leurs droits sont déjà menacés. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s’est fait attribuer les pleins pouvoirs le 30 mars dernier. Son gouvernement peut désormais légiférer sur tous les sujets par décret, suspendre les élections et déroger à n’importe quelle loi pour une période indéfinie. Et l’une de ses premières décisions ne relève pas de la gestion de la pandémie. Elle vise à mettre fin à la reconnaissance légale du genre pour les personnes trans. Concrètement, cela signifie que devrait figurer la seule mention du sexe à la naissance” à l’état civil, ce qui rendrait impossible tout changement de la mention du genre pour les personnes trans. Les manifestations étant interdites dans le pays, personne ne semble pouvoir empêcher cette loi de passer. L’Union Européenne a réagi, dénonçant une discrimination inadmissible. De son côté, la France a abandonné trois amendements au projet de loi de finance rectificative pour 2020 qui auraient permis de débloquer 120 000 euros pour reloger les LGBT+ jeté.e.s à la rue et victimes de violences dans leur famille. Rien que la semaine dernière, trois jeunes ont été mis.e.s dehors par leur famille, selon l’association Stop Homophobie.

Je veux être un homme”

Certains pays ont mis en place des sorties différenciées pour les hommes et les femmes, pour gérer le confinement. Les premiers à avoir eu recours à ce stratagème sont le Pérou et le Panama. Dernièrement, c’est la commune de Canonica d’Adda en Italie, qui a mis en place ce type de mesures.  Les femmes pourront sortir le lundi, le mercredi et le vendredi. Les hommes pourront sortir les autres jours. Personne ne sortira le dimanche. Face à ces règles, les militants LGBT+ posent la question des personnes transgenres qui n’ont pas effectué leur changement de genre sur les documents officiels. Le 1er avril, Barbara Delgado, une femme transgenre, a été arrêtée au Panama après le contrôle de ses papiers. Mise en garde à vue, elle a dû payer une amende pour être libérée. Sortir le jour réservé aux hommes pourrait également les mettre en danger. Les amendes et les violences policières se sont depuis multipliées à l’encontre des personnes transgenres.

Retranscription : Au Pérou, des femmes transgenres ont été obligées par la police de crier Je veux être un homme” et de sauter à pieds joints parce qu’elles sont sorties le jour réservé aux femmes.

Des restrictions pour le don du sang malgré les pénuries

Alors que les réserves de sang et de plaquettes sont au plus bas, de nouvelles conditions entourent le don du sang des homosexuels, en France notamment. Désormais, les hommes ayant des relations avec des hommes devront attendre quatre mois sans relation sexuelle au lieu de douze, comme c’était le cas jusqu’au 3 avril. 

blood-5053771_1920
Malgré une réduction de la période d’abstinence pour donner leur sang, les hommes gays sont assimilés à des personnes hétérosexuelles à risque”. Amhad Ardity / Pixabay

Si on peut y voir une amélioration certaine, cette nouvelle loi porte une nouvelle discrimination. Cette abstinence imposée aux hommes gays est exactement la même que pour les hétérosexuels dits à risque”, c’est-à-dire ceux qui ont plusieurs partenaires sexuels. Les hommes ayant des relations homosexuelles sont considérés “à risque” par principe, même s’ils ont le même partenaire depuis des années. Cette discrimination s’explique par les préjugés qui entourent la vie sexuelle des personnes gays et par le lien persistant entre VIH et homosexualité.

La même décision a été prise aux Etats-Unis, l’abstinence passant de douze à trois mois. Elle est aussi critiquée outre-Atlantique : pourquoi ne pas avoir supprimé définitivement cette période d’abstinence alors qu’une grave pénurie de sang touche le pays ? ⁣⁣⁣Cette décision a été approuvée par les Républicains qui ont félicité Donald Trump pour la fulgurance de sa pensée”.⁣ Cependant, quatre jours plus tard, Donald Trump a déclaré… qu’il n’était pas au courant. ⁣⁣

Photo principale : Samantha Hurley / Burst