L’Albanie et la Macédoine du Nord font un pas de plus vers l’UE

L’Albanie et la Macédoine ont reçu le feu vert de l’Union européenne le 24 mars dernier : ils vont pouvoir entamer les négociations d’adhésion. Un pas supplémentaire vers l’intégration européenne des Balkans occidentaux.

“Un message fort et clair, non seulement aux deux pays mais aussi aux Balkans tout entiers : votre futur est dans l’UE.” Le commissaire à l’Élargissement Olivér Varhelyi pèse ses mots, lorsqu’il annonce le 24 mars dans un tweet l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Albanie et la Macédoine du Nord à l’Union européenne (UE). Les deux pays du sud-est de l’Europe rejoignent ainsi le Monténégro (qui négocie depuis 2012), la Serbie (2014) et la Turquie (2005).

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Carte : Arthur Massot

L’Albanie et la Macédoine du Nord s’attendaient à débuter le processus d’adhésion en octobre 2019, mais à leur grande surprise, les dirigeants européens n’avaient pas su se mettre d’accord. La France avait notamment affiché ses réticences et la décision avait été repoussée à plus tard. Un délai qui a beaucoup déçu, dans deux pays qui se voient présenter l’intégration européenne comme seule perspective d’avenir depuis 20 ans. “Le refus était objectif, justifie Frédéric Petit, député MoDem des Français des Balkans et d’Europe centrale. Il y avait des choses qui coinçaient, même si elles étaient techniques et peu ou mal médiatisées.” Le Parlement de Macédoine du Nord a depuis adopté une réforme de la justice et l’Albanie nommé de nouveaux juges, deux requêtes de l’Union européenne.

De nouvelles règles d’adhésion à l’Union européenne 

Aux yeux d’Emmanuel Macron, il fallait surtout réviser le processus d’adhésion à l’UE avant toute nouvelle négociation. La Commission a donc proposé une méthodologie renouvelée en février, qui “permet aux Etats en cours d’adhésion de bénéficier d’une intégration graduelle au fur et à mesure de leurs progrès” selon Tineke Strik, eurodéputée néerlandaise Verts/ALE et membre de la délégation UE-Macédoine du Nord. Ainsi, si un candidat a rempli toutes les conditions du chapitre “agriculture”, il a droit aux aides de la PAC. “Il ne faut plus terminer 35 chapitres pour avoir les bénéfices du premier”, résume Frédéric Petit. Irena Joveva, eurodéputée slovène Renew Europe (groupe libéral) et vice-présidente de la délégation UE-Macédoine du Nord, complète : “Cette nouvelle méthodologie est un signal positif pour les Balkans, elle montre que l’Union européenne prend l’élargissement au sérieux.”

L’ouverture des négociations vient récompenser les efforts fournis par la Macédoine du Nord, qui est allée jusqu’à changer de nom en 2019 pour régler son différend avec son voisin grec. De son côté, l’Albanie doit remplir des conditions supplémentaires avant de négocier avec l’UE. Une marge de manoeuvre jugée indispensable par l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark alors que le gouvernement socialiste d’Edi Rama ne cesse de prendre ses distances avec l’État de droit : l’opposition boycotte le Parlement, la presse est de plus en plus contrôlée, les élections locales de juin 2019 n’ont pas été démocratiques selon les observateurs internationaux…

Encore beaucoup de chemin à parcourir 

Pour l’instant, aucune date d’adhésion n’est prévue pour les deux pays, qui doivent d’abord accorder leur législation à celle de l’Union européenne. La “fatigue de l’élargissement” qui a gagné les institutions de l’UE après l’adhésion de douze pays entre 2004 et 2007 est toujours présente. Le Monténégro est sans doute le pays le plus avancé sur la route vers Bruxelles. Mais depuis le début des négociations d’adhésion en 2012, seuls trois chapitres sur les 33 nécessaires ont été clôts. Et après dix ans de pourparlers, aucune date d’adhésion n’est encore envisagée. “C’est possible que la Macédoine du Nord adhère cette décennie, évalue Irena Joveva, mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur une date. Des réformes ambitieuses doivent d’abord être conduites par le gouvernement macédonien.” Pour l’Albanie et la Macédoine du Nord, beaucoup d’efforts sont attendus dans les prochaines années. L’enjeu sera peut-être de maintenir leur envie d’appartenir à l’Union européenne après dix ou quinze ans de procédures.

Illustration : au.bepine

Texte : Arthur Massot et Eva Moysan