Pendant le confinement l’Eglise colombienne se réinvente

En Colombie, où la population est majoritairement chrétienne, le confinement met à rude épreuve la pratique de la foi. La fermeture des lieux de culte force l’Église à innover pour maintenir le lien avec les fidèles. La Semaine Sainte qui s’est tenue du 5 au 11 avril n’a, malgré son importance, fait l’objet d’aucune exception. Les rites ont été maintenus mais interdits au public. Une célébration de la Passion du Christ sans pareille qui a marqué les esprits. 

Activité économique réduite aux secteurs essentiels, lieux publics fermés et déplacements limités au strict nécessaire. À l’instar d’autres pays, la Colombie est confinée jusqu’au 11 mai. Dans un pays où les chrétiens représentent la grande majorité de la population et où la foi est très vive, le confinement est une véritable épreuve pour les fidèles. Le gouvernement a ordonné la fermeture au public de tous les lieux de culte et l’annulation de tous les rassemblements y compris religieux. “La religion ne peut pas être un prétexte pour sortir dans la rue, ce n’est pas une faute ou un péché de ne pas aller dans les églises en ce moment”, a expliqué dans le quotidien El Tiempo le prêtre Rafael de Brigard, directeur de la communication de l’archidiocèse de Bogotá.  

“Lorsque mes élèves ont réalisé que le confinement allait être mis en place, leur première crainte étaient de ne plus pouvoir se rendre à l’église le dimanche”, remarque Caroline Poulain, professeure de français à l’université de Carthagène. Elle ajoute : “Pour beaucoup, leur premier réflexe a été d’aller prier.” Face à l’incertitude de la situation, ils ne sont pas les seuls à s’en remettre à Dieu. Le 16 mars, le président Iván Duque lui-même, dans un discours sur les mesures à adopter pour lutter contre l’épidémie, avait longuement évoqué sa foi chrétienne et la protection de la Vierge Marie. À Carthagène, l’hôtel Hyatt Regency a laissé volontairement allumées certaines de ses chambres,  pour que sur sa façade la nuit on puisse y lire le mot fe , foi en espagnol, en signe d’espoir.  

Télévision et réseaux sociaux pour maintenir le lien avec les fidèles 

À seulement quinze jours de la Semaine Sainte, l’annonce du confinement a été un véritable coup de massue pour les fidèles. Célébration religieuse la plus importante du calendrier liturgique, cette semaine célèbre la Passion du Christ. Partout dans le pays sont organisées de grandes messes et des processions, certaines très célèbres comme dans les villes de Popayan ou Mompox où les touristes étrangers affluent chaque année. “Cette semaine est un grand moment de joie pendant laquelle beaucoup de gens se rassemblent dans les rues”, raconte Deyanira Nieva, professeur d’art plastique à Palmira près de Cali. 

Mais cette année, le coronavirus aura eu raison de cette semaine festive. Si les célébrations ont été maintenues, aucun rassemblement n’a pu se tenir. Pour faire face à cette situation exceptionnelle, l’Église s’est largement appuyée sur la télévision et les réseaux sociaux pour permettre aux fidèles de suivre à distance les rites. “C’est un peu triste de fêter la Semaine sainte à la maison. Nous sommes habitués à sortir, rendre visite aux voisins… Je préfère aller à l’église où je me sens plus prêt de Dieu. Rester chez soi c’est pas la même chose”, regrette Yercelis Arroyo, étudiante à l’université de Carthagène. 

“C’est la première fois que je vis une telle Semaine sainte. C’était une expérience intéressante puisque j’ai appris qu’on pouvait faire la fête sans sortir tout en restant proche de Dieu. Mais la confession avec le prêtre me manque car quand je ne le fais pas, je ne suis pas en paix avec Dieu”, souligne Deyanira.  

Une messe ambulante pour aller au contact des fidèles confinés 

D’autres temps forts de la Semaine sainte ont manqué cette année. C’est le cas des Chemins de Croix, ces processions organisées partout dans le pays pour célébrer la Passion du Christ. “Chaque année j’avais l’habitude de jouer un personnage au Chemin de Croix de mon village mais cette fois-ci tout a été annulé”, regrette Yercelis Arroyo. À Medellin, la cérémonie a été maintenue sous une forme peu ordinaire. Un pick-up décoré et surmonté d’un Jésus portant sa croix a sillonné les rues de la ville. Les fidèles venus assister au spectacle de leur fenêtre, balcon ou pas de porte ont pu écouter les paroles du prêtre diffusées par haut-parleur.  

Même scénario du côté de Bogota dans le quartier de la Macarena où cette fois-ci c’est une messe ambulante qui a été organisée.

Autre initiative originale à Bucaramanga où la prière du Jeudi saint a été célébrée sur le toit de l’église afin de faire profiter les fidèles de la paroisse à proximité.

Vidéo : document remis.

Photo : Autel de l’église Nuestra Señora del Carmen à Guatape / Antoine Besry.