Se buter aux asperges

 

Pendant le confinement, de nombreux alsaciens se sont portés volontaires pour un retour à la terre.  Fin mars, ils ont répondu présent à la détresse des agriculteurs en manque de main d’oeuvre. En pleine période de récolte des asperges, les nouveaux saisonniers abandonnent parfois leur poste face à la difficulté de la tâche. 

 

C’est équipé de son “couteau” que Yves Steffan, d’ordinaire commercial, creuse les monticules de terre sableuse pour récolter les asperges. Cela fait deux semaines qu’il travaille dans une exploitation à Bilwisheim en Alsace. Il fait partie des milliers de citadins volontaires pour servir de main d’oeuvre suite à l’appel de détresse des agriculteurs fin mars. Même s’il finit “sur les rotules” à la fin de la journée, sa motivation reste intacte. Le commercial brise la monotonie du confinement en sortant au grand air. Pourtant, la tâche à accomplir n’a rien d’une promenade de santé.  “A 51 ans, on ne se réinvente pas, soupire Yves, vous vous baissez 1000 ou 2000 fois dans la journée. À la fin ça craque de partout.”

Un recrutement compliqué 

“D’ordinaire on passe par des saisonniers étrangers, explique Mégane Maurer, salariée de la ferme Maurer. Ils viennent des pays de l’Est mais étant donné la conjoncture actuelle, on a embauché des saisonniers locaux.” Si les candidatures ont été nombreuses, les mauvaises surprises aussi : “Jeudi, on les a fait travailler, j’ai eu trois abandons sur les 19 et samedi j’en ai eu cinq autres.” L’exploitation de la famille Maurer a donc mis en place une liste pour appeler au fur et à mesure les candidats. “C’est difficile de recruter par des entretiens téléphoniques, ce qu’on demande avant tout c’est une bonne condition physique.” 

Même constat chez Richard Heckmann qui a vu l’un de ses cinq saisonniers abandonner au bout du 4ème jour. “C’est quand même, des fois, des journées de huit à dix heures, détaille l’agriculteur. Ils commencent la journée à 7h et peuvent finir à 18h, avec une pause d’une heure le midi.”  Un rythme de travail et une activité physique qui ne conviennent pas toujours aux citadins volontaires. 

Les rendements affectés 

Le manque de main d’oeuvre formée et habituée au buttage des asperges engendre une réduction de la production. “On a 60 hectares d’asperges, on a uniquement butté la moitié et on n’est même pas sûr de réussir à l’exploiter à 100%” se résigne Mégane. 

Sur l’exploitation de Bilwisheim, il y a une équipe roumaine, une polonaise, et une alsacienne. Le constat de Yves Steffan quant à la dextérité des équipes étrangères est sans appel : “les gars qui ont l’habitude de faire la récolte des asperges, ils travaillent beaucoup plus rapidement que nous.” 

De l’autre côté de la chaîne, les nouvelles ne sont pas plus rassurantes. Les clients manquent. Certains agriculteurs mettent en avant des circuits courts face à la diminution de commandes des restaurateurs et grossistes. 

Photo : Romain Michelot