Les Etats-Unis veulent exploiter l’espace

Lundi 6 avril, le président américain Donald Trump a signé un décret autorisant l’exploitation commerciale des ressources de l’espace. Les Etats-Unis profitent ainsi de lacunes juridiques pour accaparer de précieuses matières premières.

Business is business, jusqu’aux confins de la galaxie. Il ne faudrait pas oublier que la première puissance mondiale est gouvernée par un homme d’affaires. Donald Trump rend possible l’exploitation des ressources spatiales à des fins commerciales, dans un décret du 6 avril. Il dispose que le gouvernement fédéral “exigera un partenariat avec des entités commerciales pour récupérer et utiliser les ressources, y compris l’eau et certains minéraux, dans l’espace”.

Selon la Maison Blanche, ce texte, qui était dans les tuyaux depuis un an, respecte le “Outer Space Treaty” (Traité sur l’espace extra-atmosphérique). Ce traité ratifié en 1967, chapeauté par l’ONU, précise que l’espace n’appartient à personne. Il ne peut être militarisé, en tout cas autant que faire se peut, et ne peut être nucléarisé. Impossible donc de placer des missiles en orbite. 

Ce même traité garantit aussi la liberté d’exploration et d’exploitation mais sous certaines conditions. Il précise aussi que ces activités menées par des États doivent être réalisées “pour le bénéfice et dans l’intérêt de tous les pays, sans discrimination aucune, en accord avec les lois internationales, en garantissant le libre accès à tous les corps célestes, dans le respect des principes de coopération et d’assistance mutuelle ».

Des ressources très convoitées

Si les Etats-Unis adhèrent au Traité de 1967, ils n’entendent pas se priver du droit d’explorer et d’exploiter les ressources situées dans l’espace. L’exploitation des mines situées à plusieurs centaines de milliers de kilomètres de notre chère planète Terre peut sembler très éloignée de nos préoccupations actuelles, ce n’est pas ce qu’entendent plusieurs sociétés qui s’activent sur ce créneau. Le dirigeant de la start-up Planetary Resources, Chris Lewicki, a comme ambition la “création d’une économie du ravitaillement en carburant dans l’espace. La chaîne CNBC avait évalué le développement de l’activité de l’exploitation des ressources spatiales à plus de 109 milliards de dollars

Les astéroïdes regorgent de ressources très convoitées. De l’eau tout d’abord, qui pourrait être transformée en carburant pour fusées (hydrogène et oxygène), ainsi que des métaux rares comme le platine que l’on retrouve dans l’électronique. Il sera bientôt plus économique de le chercher dans l’espace, où  ce métal existe en abondance, plutôt que sur Terre. 

À défaut de propriété sur le corps céleste lui-même, les sociétés américaines disposeront d’un droit de propriété sur toutes les ressources obtenues lors de l’exploitation des astéroïdes et de l’espace. Elles seront ainsi les seules à pouvoir revendre les métaux extraits. Ce droit de propriété est opposable seulement aux Etats-Unis. On ne sait pas ce qu’il adviendrait si d’autres pays décidaient de revendiquer un tel droit. C’est la loi du Far-West qui risque de s’appliquer : premier arrivé, premier servi.

Une ambition américaine trans-partisane 

Le 25 novembre 2015 déjà, le président Barack Obama avait permis à tout citoyen américain d’acquérir, posséder, transporter, utiliser et vendre des ressources provenant d’un astéroïde ou de l’espace, mais dans le respect des lois et des obligations internationales des États-Unis. 

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Donald Trump continue dans l’espace son obsession pour l’exploitation minière. © Sean Spicer / Wikimedia Commons

L’administration Trump va plus loin. Le décret du 6 avril baptisé “Encourager l’effort international de récupération et d’utilisation des ressources spatiales” se base sur le fait que les États-Unis ne considèrent pas l’espace comme un patrimoine commun de l’humanité. Les ressources qu’il recèle appartiendraient donc à celui qui en lance l’exploration. Il encourage donc l’entreprenariat, tant public que privé, à exploiter librement les ressources situées dans l’espace. Selon ce dernier texte, les États-Unis s’opposeront à toute tentative d’utiliser le droit international pour entraver leurs efforts visant à extraire des morceaux de la Lune ou, si l’occasion se présente, l’exploitation minière de Mars et “d’autres corps célestes”.

Trump n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà signé quatre space policy directives dont la première, de décembre 2017, a officiellement lancé le programme Artemis qui prévoit des vols vers la lune et l’installation d’une base en 2024. La création du commandement de l’Espace, l’an dernier en février, s’inscrit dans cette démarche volontariste.

La Russie jamais bien loin

Ce nouveau décret américain fait grincer bien des dents, à commencer par celles des Russes. L’agence spatiale russe Roscosmos a accusé, dès le lendemain de la signature, les États-Unis de vouloir s’approprier les autres planètes du système solaire. Elle estime que le décret menace la coopération internationale spatiale et menace l’idée selon laquelle l’espace appartient à l’ensemble de l’humanité. L’agence ajoute dans un communiqué que ces “tentatives d’expropriation” de l’espace et les plans d’expansion visant à “s’emparer” sont contraires à la coopération internationale. Le Kremlin a fait savoir par la voie de son porte-parole, Dmitri Peskov, que toute tentative de privatisation de l’espace serait inacceptable.

Photo principale : © CharlVera /  Pixabay