Coronavirus : des étudiants en médecine ont renforcé le centre d’appel du SAMU du Nord

Durant 5 semaines, plus de 300 étudiants en médecine ont apporté leur aide à la cellule de régulation du SAMU du Nord. Mi-avril, face à la diminution des appels liés au coronavirus, la cellule installée à l’Institut Gernez-Rieux a été démobilisée. Retour sur leur expérience d’assistants à la régulation médicale.

“Cellule de régulation du SAMU, bonjour !” À l’Institut Gernez-Rieux de Lille, assis face à des écrans d’ordinateur, casque vissé sur la tête et micro devant la bouche, des étudiants en médecine ont répondu à des milliers d’appels adressés au 15, en provenance de tout le département du Nord. Tous traitaient d’un seul et unique sujet : le coronavirus.

Au plus fort de la crise, le SAMU du Nord a enregistré jusque 6 000 appels par jour, soit environ trois fois plus qu’une activité normale. Sur certaines journées, les appels dits “Covid-19” représentaient plus de 50% de l’activité téléphonique. La régulation du SAMU a alors mis en place un système : lorsqu’une personne compose le 15 pour un motif lié au coronavirus, la communication est immédiatement transférée vers une cellule réservée aux appels “Covid-19”. C’est à cette cellule téléphonique que des étudiants de la 2ème à la 6ème année de médecine, de l’Université de Lille, sont venus prêter main forte. Objectif : désengorger le flux d’appels.

Tout a commencé début mars. Grâce à des messages relayés sur Facebook, 380 étudiants se sont rapidement portés volontaires. Antoine Bidault, externe en médecine et élu représentant des élèves, est l’un de ceux qui ont assuré la coordination : “On récupérait les disponibilités des étudiants de semaines en semaines, on les mettait sous forme de tableurs pour faire nos plannings plus facilement. C’était un beau challenge.” Une mobilisation que salue Alain Facon, chef de service adjoint du SAMU du Nord : “On ne s’y attendait pas. Nous avons été heureusement surpris de leur disponibilité et surtout de leur adaptation aux postes. Leur aide a été importante et efficace.”

Une organisation bien rodée

Chaque étudiant a d’abord été formé à la régulation médicale. Au programme : explication du fonctionnement du SAMU, initiation au logiciel, observation d’une personne plus expérimentée. “La réponse téléphonique est une activité assez particulière”, explique Alain Facon, aussi médecin anesthésiste réanimateur au CHU de Lille. “Au téléphone, c’est le ton, la façon de s’adresser, le calme qui donne une certaine confiance à l’interlocuteur que l’on n’a pas en face de soi.” Pour mener à bien la conversation, les étudiants disposaient d’une liste de questions ainsi que d’algorithmes. “C’est quelque chose de nouveau la régulation téléphonique, on ne le faisait pas habituellement mais on s’y est rapidement familiarisé”, témoigne Grégoire Laurent, étudiant en 5ème année de médecine. Dès qu’un doute surgissait, qu’une question se posait ou qu’une situation était estimée comme “grave”, l’étudiant pouvait demander conseil ou passer le relais à des médecins régulateurs, systématiquement présents dans la salle. Au bout du fil, les profils étaient variés. Certaines personnes présentaient des symptômes du coronavirus et devaient être orientées vers une offre de soin adéquate, voire, être hospitalisées.

Une expérience médicale mais aussi humaine

D’autres appels étaient dépourvus de tout caractère médical. Face à une crise inédite, une partie du travail se résumait en un mot : rassurer. Grégoire Laurent se souvient de “patients qui s’inquiétaient, qui voulaient savoir comment se protéger du coronavirus par exemple. Il fallait aussi expliquer pourquoi on ne peut pas faire de tests à tout le monde”. Valentin Dewolf, lui aussi étudiant en 5ème année de médecine, a discuté avec “plusieurs personnes qui disaient elles-mêmes qu’elles ne devraient pas appeler le 15… Mais il leur fallait des informations sur le coronavirus”. Le soir, si les appels étaient moins nombreux, l’anxiété persistait. Flavie Gonnet, étudiante en 3ème année de médecine, a assuré une fois la régulation Covid-19 entre 20 heures et minuit : “les personnes qui appelaient, étaient souvent seules et apeurées. Notre travail était alors un peu plus un accompagnement psychologique.”

Patrick Goldstein, chef du SAMU du Nord et des urgences du CHU de Lille,
a salué la mobilisation des étudiants.

Selon ses disponibilités, chaque semaine, un étudiant assurait deux ou trois créneaux de 4 heures. Si la mission était rémunérée aux alentours de 10 euros l’heure, tous s’accordent à dire que là n’était pas leur première motivation. Pour Grégoire Laurent, externe, il était indispensable d’apporter sa pierre à l’édifice : “Quand tu es étudiant en santé, que tu vois ce qu’il se passe à la télévision, dans les services de réanimation, tu ne veux pas rester inactif.” Un avis partagé par Valentin Dewolf : “être au cœur de l’évènement, je trouve ça stimulant. Tout ce qui est urgence et situation de crise m’intéressent, donc ça m’a tout de suite branché de répondre au SAMU.” Flavie Gonnet retient de nombreux enseignements de la soixantaine d’heures de régulation qu’elle a effectuée en l’espace de 5 semaines : “J’ai appris à faire un interrogatoire, à recueillir tous les symptômes et je pouvais ensuite en discuter avec des médecins, voir si ça nécessitait une hospitalisation ou non. Pour moi, étudiante en 3ème année, c’était hyper formateur !” Antoine Bidault, coordinateur de la collaboration étudiants / SAMU, qualifie quant à lui l’expérience d’incroyable :  “bosser dans un milieu qui n’est pas notre milieu naturel de travail, dans un contexte de crise sans précédent et faire des rencontres à la fois médicales et humaines.”

Les étudiants démobilisés de la cellule de régulation

Fin mars, la diminution des appels et le retour à des valeurs normales (environ 2 000 appels par jour) est allée de pair avec une réduction des effectifs étudiants. Le 16 avril, la cellule installée à l’Institut Gernez Rieux, a finalement été démobilisée. Une cellule de régulation Covid-19, plus petite, reste active au sein des locaux du SAMU, renforcée par deux étudiants en médecine. Si les appels repartent à la hausse, certains restent mobilisables et sont capables de rejoindre la cellule de régulation du SAMU du Nord en l’espace d’une heure. Désormais, tous attendent de voir les conséquences du déconfinement sur le nombre d’appels Covid-19. Pour le docteur Alain Facon, chef de service adjoint du SAMU du Nord, tout dépendra de la campagne d’informations et du respect des mesures barrières : “sinon, il pourrait y avoir, éventuellement, une recrudescence des appels au moment du déconfinement. C’est une possibilité.”

 

Photo : Antoine Bidault