Les surfeurs, vague à l’âme

Les surfeurs vivent au rythme des vagues, toute l’année. Mais depuis le confinement ils sont privés de leur terrain de jeu. Une période compliquée à vivre pour ces mordus de l’océan qui guettent le déconfinement. Certains militent pour une réouverture des plages ou patientent. D’autres n’ont pas attendu la levée de l’interdiction pour aller à l’eau. 

Enfiler sa combi mouillée, waxer sa planche, ramener du sable à la maison et enlever les algues coincées dans le maillot… Ça, c’était le quotidien des surfeurs bretons. Mais aujourd’hui c’est fini. Les planches restent au garage et il faut se contenter de renifler l’odeur du Néoprène pour se consoler. 

Les surfeurs sont privés de leur océan depuis le début du confinement, le 17 mars dernier. Un mois et demi sans avoir pris une vague, autant dire une éternité. “Je trouve ça normal et plutôt logique même si j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter au départ, reconnaît Louis, surfeur breton de 25 ans. C’est un peu plus difficile à vivre chaque jour maintenant. » Le jeune homme était un habitué des spots de surf finistériens interdits par arrêté préfectoral. Avant le confinement il se rendait à l’eau au moins trois fois par semaine. 

Une pétition pour la réouverture des plages aux surfeurs locaux

Mais pour d’autres passionnés de glisse l’interdiction est plus difficile à digérer. Une pétition pour la réouverture des plages circule depuis le 17 avril et rassemble plus de 26 000 signatures. “Réouverture des plages en zone non urbaine pour les surfeurs locaux avec une autorisation”, peut-on y lire. À destination des préfets des régions de la côte ouest, elle n’a pour l’instant pas eu gain de cause. 

Mathilde surfe en temps normal dans la baie d’Audierne et du côté de Brest. Elle a signé la pétition. “Si tout le monde respecte les règles, les gestes barrières, la distance, ça pourrait le faire, estime la jeune femme de 23 ans. Parce qu’au final quand tout le monde court dans Paris et qu’ils sont je ne sais pas combien, ça revient exactement au même. 

Le monde du surf divisé sur la question

La fédération française de surf appelle quant à elle ceux qui seraient tentés par une petite gauche à rester chez eux jusqu’au 11 mai. “Je suis désespéré de voir des gens à l’eau alors qu’il y a des Français dans une situation catastrophique dans l’Est de la France. Même si la culture surf a toujours été rétive à l’autorité, il faut être solidaire et respecter la vie des autres”, lâchait Jean-Luc Arassus, président de la Fédération dans un communiqué le 19 mars dernier. 

Mais la question divise. Guillaume Barucq, adjoint au maire de Biarritz et surfeur l’a bien compris. Sur sa page Facebook le médecin écrit : “Je sais que certains ne me suivront pas dans ce nouveau combat, mais j’ai décidé de m’engager pour permettre la réouverture de notre océan.” Vincent Duvignac, surfeur professionnel des Landes rejoint ce combat en enchaînant les publications Facebook dans ce sens. 

Facebook Vincent Duvignac
Consignes du gouvernement de New South Wales, au sud ouest de l’Australie. Publication relayée sur la page Facebook de Vincent Duvignac.

“J’y suis allé cinq fois”

D’autres ont plusieurs fois pensé à transgresser l’interdiction et ont même franchi le pas. C’est le cas de ce père de famille qui préfère qu’on l’appelle Bobby. “Je suis allé quelques fois, cinq pour être exact. Souvent le soir après 19h, raconte-t-il. C’est mon créneau habituel. Il n’y a jamais trop de monde, même hors confinement. La dernière fois que je suis allé, les flics sont passé à 19h, j’étais seul loin dans l’eau. Ils ne se sont pas arrêté mais je pense qu’ils ont relevé ma plaque d’immatriculation. J’en suis pas trop fier mais j’avais besoin d’un temps pour respirer.«  Il continue dans un sourire : “La logique répressive stimule la répression !” Depuis il y est retourné. Ils étaient quatre surfeurs au line up. “Presque comme d’habitude vu l’heure et l’endroit”. Il ajoute : “Un pote a pris deux PV, et il continue d’y aller.”

À la levée du confinement “ça va être la foire”

La levée du confinement risque de susciter une forte affluence à l’eau. Yann infirmier de 40 ans surfe depuis tout jeune. Il partage cette crainte. Selon lui “ça va être la foire. Tout le monde sera sur les nerfs. C’est toujours la même chose quand il y a des longues périodes sans surf”. Même s’il comprend l’interdiction, il salue la décision de certaines régions d’Australie d’avoir laissé les plages ouvertes.

Noémie, est une surfeuse de longboard exilée là bas. La Bretonne profite de ses sessions à Margaret River où “il y a un peu moins de monde que d’habitude”. Pas besoin d’attestation pour aller surfer mais “il y a pas mal de contrôles. Les rangers font des rondes”. Elle ajoute : “La France devrait s’inspirer de l’Australie pour le sports nautiques. Si les distances, les quotas et le temps passé sur le spot sont respectés cela pourrait permettre une pratique plus régulière mais réglementée, comme dans les supermarchés.” La célèbre plage de Bondi en Australie a rouvert pour les baigneurs et les surfeurs. Avant elle, les plages du comté de Santa Cruz en Californie avaient déjà franchi le pas. Mais selon Surf Session, le gouverneur californien devrait annoncer la fermeture de celles-ci en raison d’une trop forte affluence. 

Un retour à l’eau le 11 mai ?

Le Premier ministre a annoncé mardi que les plages resteraient fermées au moins jusqu’au 1er juin. Une décision incompréhensible pour les surfeurs. Je vais finir par la signer cette pétition, c’est vraiment n’importe quoi, lâchait Louis, en colère mardi soir. Les fédérations de sports nautiques préparent tout de même un retour à l’eau dès le 11 mai grâce au concept de plage dynamique”. Jean-Luc Arassus défend une solution pour que “les gens puissent avoir accès à l’océan dans le cadre d’une pratique sportive individuelle en respectant les consignes sanitaires et la distanciation physique”. Une cinquantaine de députés soutiennent également ce concept, dont Liliana Tanguy, députée du Finistère. Les propositions ont été transmises à la ministre des sports Roxana Maracineanu. 

Mais en attendant des précisions sur ces nouvelles consignes, les surfeurs s’adaptent pour se dépenser. Mais ni la course à pied ni la musculation ne remplace le surf pour Louis. “C’est ma seule drogue. Même les filles à côté je m’en fous !”, sourit-il. Pour Mathilde ça va, “je ne déprime pas trop”. Mais dès la levée du confinement elle prévient : “Je rentre à Audierne chez mes parents pour surfer !” 

Illustration : Marion.design