ENTRE DEUX OREILLES Aux origines du blues, le Mali

Le blues malien, un genre à part entière, mérite qu’on s’y penche et surtout, qu’on l’écoute… confinement ou pas ! D’Ali Farka Touré à Boubacar Traoré en passant par Oumou Sangaré, tour d’horizon d’une musique profondément marquée par ses traditions ancestrales.

“L’Amérique n’a que les feuilles du blues, les racines sont en Afrique” disait Ali Farka Touré. Légende du blues malien, triplement récompensé aux Grammy Awards, l’artiste n’a cessé de revendiquer la paternité africaine du blues. Décédé en 2006, il est devenu l’icône d’un genre qui a aujourd’hui son propre répertoire et jouit d’une notoriété internationale.

Des deux côtés de l’océan, une même inspiration

Pourtant quand on parle de blues, on pense souvent à B.B. King ou John Lee Hooker, stars américaines incontestées. Mais c’est sur les rives du fleuve Niger, au Mali, que le blues prend sa source. Le blues diffusé par les afro-américains est éminemment lié à l’Ouest africain, comme fidèlement retracé dans un fameux documentaire de Martin Scorcese, Du Mali au Mississipi en 2004. Mais des deux côtés de l’océan, le blues laisse les voix s’exprimer et crier les déboires de l’amour, de la détresse, de l’exil ; il évoque le travail de la terre, mais aussi l’apartheid, l’éducation ou la justice.

Le blues malien puise ses racines dans la tradition littéraire malienne essentiellement orale, portée par les griots. Membres de familles de conteurs, poètes et musiciens, ils sont les dépositaires de l’histoire malienne. Une musique dont les influences remontent à l’Empire Mandingue, au 13ième siècle, et qui a depuis mis au monde de nombreux représentants. Et dans ce cas, après Ali Farka Touré, vient Boubacar Traoré. “Kar Kar le blouson noir”, comme on le surnommait dans les années 1960, est un ancien du blues malien et il l’incarne à la perfection, armé de sa guitare et d’une voix mélancolique qui nous transporte.

De l’usage des instruments traditionnels

La singularité du blues malien c’est l’emploi d’instruments traditionnels. La kora, aujourd’hui popularisée, comme en atteste sa présence dans le tube du rappeur Booba,“DKR”, est un instrument fard du blues malien. Sorte de harpe à 21 cordes dont le son cristallin et reconnaissable entre mille fait l’attrait particulier de ce genre. Selif Keita est un des plus grands joueurs de kora et un artiste de blues reconnu, tout comme Toumani Diabaté. L’autre trésor africain qui accompagne le genre nous vient de la culture griot :  le n’goni.  Petit instrument à quatre cordes, il est maîtrisé par le virtuose Bassekou Kouyate, accompagné de son groupe n’goni Ba et de sa femme, la “Tina Turner d’Afrique”, Ami Sacko.

Au cœur du blues : la voix

Le blues malien charrie de grandes voix africaines et laisse la place à des figures féminines dans cet univers du blues très masculin. Oumou Sangaré raconte les déboires de son pays et son espoir pour sa jeunesse. Fatoumata Diawara, elle, raconte la vie des migrants, leur humanité. Son chant en Bambara, la langue la plus parlée au Mali, fend l’air et joue des résonances des sons si caractéristiques du blues. Elle disait à Francetvinfo : “Cette voix malienne que les autres n’ont pas est une richesse. Le monde en a besoin.”

Le succès du blues malien est toujours au beau fixe. Et la relève est assurée avec Songhoy Blues, un groupe formé par de jeunes réfugiés originaires de Tombouctou. Ils se rencontrent à Bamako après avoir fuient la guerre du Nord Mali. Ils introduisent un espoir de renouvellement et s’inspirent davantage de la musique électronique, mais toujours imprégnée de l’identité traditionnelle malienne. Ils chantent avec énergie pour la paix dans leur pays et appellent à la résistance.  

Photo : Boubacar Traoré à la guitare et Vincent Bucher à l’harmonica sur la scène du festival WOMAD en 2012, à Londres en Angleterre. Stuart Madeley / Foter.com / CC BY-NC-SA