Municipales 2020, la politique laissée pour compte

Depuis le premier tour le dimanche 15 mars, les élections municipales sont en suspens. L’objectif du gouvernement est de proposer un contexte sanitaire et démocratique adéquat pour organiser un second tour. En attendant sa décision, maires et opposants s’organisent.

Jeudi 12 mars. 20H00. Hier, ou plutôt il y a une éternité. Emmanuel Macron prend la parole devant les Français et annonce les premières mesures pour lutter contre la propagation du coronavirus. Après six minutes de discours, le président français déclare : “J’ai interrogé les scientifiques sur les élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes.” Plus de doute possible, le premier tour aura bien lieu.

Un premier tour qui sonne faux

Le dimanche suivant, Grégory Labille, remet son mandat en jeu. Maire sortant de Ham, une commune de la Somme de 4500 habitants, il apprend à l’issue de la journée sa défaite face à son unique adversaire, Eric Legrand, qui a rassemblé 65,81 % des voix. Mais le chiffre qui interpelle les deux candidats, c’est l’abstention : 44,18 %. Presque 15 % de plus qu’en 2014. En France, elle s’élève à 55,36 %, un record historique pour un premier tour des municipales.

A Templeuve, dans le Nord, Michel Maillard était à la tête d’une liste d’opposition. Il questionne le résultat du premier tour : “Est-ce vraiment représentatif ?” Le maire sortant dispose d’une courte marge de trois voix qui lui permet d’être réélu dès le premier tour. Mais Michel Maillard fait le calcul : Il est élu par à peine le quart de la population.”

Amer mais réaliste, Grégory Labille affirme que les Hamois “ont eu raison de ne pas se déplacer”. Les semaines ont passé et la commune compte désormais 19 décès du covid 19 (NDLR : l’interview a été réalisée le 24 avril). En se replongeant dans cette soirée, le maire sortant se souvient : “Il y a eu des personnes décédées parmi les gens qui étaient présents le jour du dépouillement.” Des assesseurs sont également tombés malades depuis. Même si des précautions ont été prises à Templeuve selon Michel Maillard, “elles ne suffisaient pas à empêcher le virus de courir”.

La mise en place des conseils municipaux retardée

Malgré la défaite, les maires déchus doivent jouer les prolongations. Suite à l’annonce du report du second tour, le gouvernement a repoussé la mise en place des nouveaux conseils municipaux. Selon Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et invitée de France 3 le 19 avril, elle se fera “au mois de juin et même, si c’était possible, un peu avant”. Sur les 35 000 communes en France, 30 000 environ ont élu un maire dès le premier tour.

En attendant, Grégory Labille assure l’intérim : “Je suis pour le maintien et la qualité d’un service public, donc tant que je serai maire, je ferai mon travail.” Il ajoute : “Pour les décisions importantes, j’y associe le futur maire. Je ne suis pas là pour empêcher que les choses se fassent, il faut que ça fonctionne !” Les égos mis de côté, la continuité du service public est la priorité durant cette situation exceptionnelle.

Des campagnes inégalitaires

Autre ambiance à Templeuve : “On voit que le maire fait campagne lui”, annonce Michel Maillard. Selon le chef de la liste citoyenne, le maire actuel continue d’essayer de rameuter des électeurs, dans le cas où les élections seraient remises en jeu. Dans de nombreuses communes de France, notamment celles où un deuxième tour est prévu, la même question se pose : comment l’opposition peut faire pour continuer sa campagne électorale alors que ses membres sont confinés chez eux ?

Cependant les maires en place partent avec un avantage : celui de pouvoir agir en période de confinement. Michel Maillard considère que le maire devrait inclure dans les actions tous les élus. Or, selon lui, il n’inclut que les élus de sa majorité.

Un second tour attendu

Les tensions autour de l’élection de l’élu préféré des français se cristallisent en cette période de confinement. Michel Maillard a déposé un recours, qui est aujourd’hui examiné. Son but : refaire les élections municipales, entièrement. “Si on est démocrate, on se dit qu’il faut absolument rebattre les cartes”, estime t-il. C’est également ce que demande Martine Aubry, la maire de Lille, sur France Inter : “Si le deuxième tour devait être renvoyé en septembre, octobre, je pense qu’il faudrait refaire les deux tours.” Une longue attente, alors que le Premier ministre Edouard Philippe n’a rien annoncé de concret concernant les élections municipales pour le moment.

“Darmanin est ministre et il est élu à Tourcoing avec 15% des voix. Est-ce que vous pensez que c’est normal s’il est ministre ?” s’insurge Michel Maillard. Avec sa liste, ils se sont également rapprochés de l’association 50 millions d’électeurs, qui a annoncé vouloir déposer une question prioritaire de constitutionnalité, afin de recommencer les élections, dans toutes les communes françaises. Selon leur site, des “millions de Français se sont fait voler l’élection de leur maire” lors de ce premier tour.

D’après les informations du JDD, qui aurait eu accès à des documents confidentiels, le Conseil d’État aurait reçu une proposition de loi prévoyant d’organiser le second tour des municipales le 27 septembre ou le 4 Octobre. Cependant, ce dernier avait déjà estimé, dans un avis rendu le 18 mars, que le second tour devrait avoir lieu avant l’été. Si ce n’était pas le cas, il faudrait alors recommencer le premier tour dans les 5000 communes qui n’ont pas élus de maires au premier tour. Le gouvernement attend surtout un rapport du conseil scientifique sur les conditions sanitaires, censé arriver le 23 mai, pour annoncer une date.

Illustration : Charlotte Giordana

Auteurs : David Darloy, Juliette Mylle