“Il y aura un après Covid, comme il y a eu un après 11 septembre”

Interview réalisée le 23 avril.

Kyle Marr vit à une heure de New-York où il est journaliste indépendant. Depuis le début de la crise du Covid-19 le trentenaire travaille beaucoup moins mais garde un regard d’observateur sur son pays violemment frappé par la pandémie et en train de changer pour toujours. « Il y aura un avant et un après Covid comme il y a eu un avant et un après 11 septembre ». A ce jour près de 70 000 personnes ont succombé au  coronavirus aux États-Unis. 

Il est journaliste indépendant aux États-Unis, près de New-York. Kyle Marr est témoin de la crise qui frappe durement la côte Est des États-Unis. Après un passage dans l’armée il s’est lancé dans le journalisme. Aujourd’hui il pige pour plusieurs médias, notamment sportif, qu’il préfère ne pas citer. La pandémie de Covid-19 a mis un coup d’arrêt aux rentrées d’argent les premiers jours. Aujourd’hui il recommence à travailler, mais cela reste toujours précaire. Il nous raconte la vie aux États-Unis et comment est envisagé l’après pandémie. 

À quoi ressemble le quotidien d’un journaliste américain en ce moment ? 

Je travaille beaucoup moins. Le travail pour les indépendants a chuté. Le travail pour tous les business a chuté. Aujourd’hui je ne travaille que sur les sujets Covid. Ils font toute l’actualité. Donc c’est beaucoup de conférences de presse depuis la Maison Blanche ou celles des gouverneurs. Je ne vais pas sur le terrain. J’édite depuis chez moi. En cas de besoin j’ai ma carte de presse qui me permet de bouger entre New-York et le New-Jersey (Il habite à Montclair, dans le New-Jersey NDLR). Mais de toute façon nous avons droit d’aller d’État en État ici. L’interdire serait sans précédent.

Que penses-tu du travail des médias aux États-Unis pendant cette crise ?

Certains journalistes font un très bon travail et d’autres non. Par exemple certaines données ne sont pas traitées par les médias, le taux de personnes contaminées en Californie c’est un gros sujet. Il montre que beaucoup plus de personnes ont été infectées que ce qui est reporté officiellement.

Comment se passe le confinement à New-York et dans le New-Jersey ?

New-York et le New-Jersey ont été violemment frappés. Avant la quarantaine j’étais à New-York et c’était une ville fantôme. C’était vraiment troublant de voir ça. Et d’une certaine manière c’est aussi très paisible. Je me suis assis sur le toit de mon immeuble avec l’horizon de New-York juste là et les rues étaient si calmes. C’était vraiment très bizarre. 

Au début on entendait des histoires de personnes arrêtées parce qu’elles étaient dans des parcs. Mais maintenant autour de moi tout le monde sort. Plus personne ne s’en préoccupe. Les gens agissent bizarrement entre eux. Il y a la distanciation sociale mais les gens continuent d’aller dans les épiceries et sont terrifiés les uns des autres. Si tu es prêt à prendre le risque d’aller dehors et de faire tes courses, toucher des surfaces pourquoi tu es horrifié quand quelqu’un d’autre s’approche ? C’est stupide.

Tu penses que le mode de vie des Américains va changer ? 

Il y aura un avant et un après Covid. Comme il y a eu un avant et un après 11 septembre. Les lois et les règles ont changé à ce moment là. Je ne peux pas prévoir à quoi elles ressembleront mais certaines seront mises en place pour qu’on se sente plus en sécurité. La situation ne reviendra jamais à la normale.

Le système de santé américain est-il remis en question ?

 Oui, il l’est toujours. Mais je n’ai pas vraiment envie de parler du système de santé aux États-Unis. C’est  un débat que j’ai avec les gens tout le temps. Ça m’épuise. C’est un système complexe et tordu avec des bons et des mauvais aspects.

Les élections présidentielles du mois de novembre seront-elles impactées ?

Oui bien sûr. Le président est à la télévision tous les jours. Sa côte de popularité est forte, ils pensent tous qu’il sera réélu. Mais on verra. On ne voit l’opposition nulle part.

Illustration : Illumalasa