Confinement: les fêtards rêvent d’après

Fermeture des établissements de nuit, distanciation sociale et quotas de personnes dans les bars: le coronavirus oblige les fêtards à réfléchir à de nouvelles manières de festoyer.   

3h15 du matin en France, à peine 21h sur la côte Est des États- Unis. Sur Zoom, une application de visioconférences, c’est l’effervescence. Plusieurs centaines de personnes ont répondu ce soir-là à l’appel de “Club quarantine”, une page Instagram made in USA créée au début du confinement pour faire danser les noctambules en mal de soirées. Dans les salles de bains, les cuisines ou au milieu des salles à manger, en pyjama, déguisés ou en tenue de soirée : ces fêtards du monde entier se déhanchent par écrans interposés au rythme des sets offerts par le DJ du soir. 

Réinventer la fête

On a trouvé notre after!” se réjouit par message un des participants. Une soirée en boîte de nuit virtuelle et une fièvre du samedi soir en temps de coronavirus qui apparaissent comme des manières de réinventer la fête. Depuis le début du confinement, en France aussi les initiatives de ce genre fleurissent.  “On se fait plaisir avec rien ” assure pourtant Matthieu. Il est le gérant d’une discothèque à Baudre, une ville de presque 600 habitants en Basse- Normandie : “Ça n’a rien à voir avec une vraie boîte de nuit. Y’a pas l’ambiance, pas les lumières, pas les gens. Franchement je pense pas que ça durera quand les boîtes pourront rouvrir.” 

«  Pour les discothèques, ça va être l’hécatombe »

Des initiatives faute de mieux en attendant la réouverture des établissements de nuit que Matthieu n’attend pas avant septembre : “On a été les premiers fermés et on sera les derniers à rouvrir. Pour les discothèques, ça va être l’hécatombe car beaucoup perdaient déjà des clients avant le coronavirus.” Mais pour le moment, ce gérant de discothèque peut compter sur le soutien de ses clients : “Sur Facebook, c’est la folie ! Je reçois plein de messages de gens qui me disent ‘Vivement que ça rouvre !’

Dans un sondage réalisé début avril par Kantar Profiles en partenariat avec Europe 1, sortir boire un verre arrive en première place des souhaits d’après confinement chez les 18-24 ans. Une impatience que Mickael, propriétaire d’un bar à Strasbourg, ressent : “Certains de mes clients m’ont proposé de faire des soirées clandestines dans le bar. C’était pour rire mais on sent bien que ça manque aux gens.” 

« On fera la fête à la maison » 

Si certains rêves des soirées d’après, Mickael se remémore aussi la soirée d’avant. Celle du 14 mars, le soir de l’annonce de la fermeture des bars, restaurants et discothèques “jusqu’à nouvel ordre” par le Premier Ministre Edouard Philippe. “Le bar était blindé, on s’est dit ‘on fait une grosse teuf, on vide les fûts’. C’était spéciale, on sentait que c’était la dernière soirée avant longtemps” explique-t-il. 

Le patron strasbourgeois ne sait pas combien de temps la situation peut durer, ni dans quelles conditions il pourra rouvrir. La distanciation sociale et la mise en place de quotas dans les bars sont des mesures difficiles à mettre en place selon lui : “Ça peut rassurer tout le monde. Mais les bars c’est fait pour boire, pour danser, pour être collés, il y a beaucoup de contacts. Là, ça va vraiment pas être la même chose. Honnêtement, je me vois pas aller en boîte avec 50 personnes à l’intérieur. On fera la fête à la maison.

À la maison et en petit comité, c’est aussi le programme d’Eléonore. La jeune femme avait prévu depuis  plusieurs mois déjà l’organisation de ses 25 ans avec, comme chaque année, une grosse soirée avec plus de 40 invités. Mais le coronavirus est venu contrecarrer ses plans : “Je vais faire plusieurs anniversaires, dix personnes par dix personnes. Dans l’absolu j’aimerais qu’on soit pas les uns sur les autres, qu’on respecte les distances de sécurité et qu’on mélange pas nos gobelets. Mais c’est sûr que je pourrais pas tout contrôler.” Une manière de faire la fête et de s’adapter à la situation qu’Éléonore relativise : “Quand je fais des grosses fêtes je profite pas vraiment de mes potes, là je vais pouvoir passer du temps avec chacun.” 

Une grande fête du déconfinement ?

Faire la fête, même Emmanuel Macron en rêverait. Selon les informations du Parisien dans un article publié le 15 avril dernier, le Président de la République aurait envisagé de faire du 14 juillet “une fête de la libération du confinement généralisée”. 

Comme lui, les fêtards rêvant du grand jour où ils pourront festoyer de nouveau multiplient les appels à la fête du déconfinement. C’est le cas de Marceau et Maxime. Les deux jeunes amiénois ont créé un évènement sur Facebook invitant les habitants de Beauvais et d’Amiens à fêter, au mois de juin, la fin du confinement. “C’est pour donner du baume au cœur à tout le monde. Et ça sera surtout un moyen de faire la fête et de retrouver nos bars” indique Marceau. 

Des réjouissances qui restent toutefois soumises à l’évolution de l’épidémie. “Quoi qu’il arrive on le fera. On décalera la date si les bars n’ont pas rouvert” précise le jeune homme. Mickael aussi reste pour le moment très prudent : “Avec plusieurs autres bars de Strasbourg on voulait organiser un barathon, une grosse réouverture avec une tournée des bars. On se rend compte que c’est d’une débilité profonde car tous les rassemblements vont être interdits. L’euphorie qu’on espère tous, c’est pas pour tout de suite !” 

Illustration : Fanny Bonnefous