Les actus oubliées du week-end

Distinction à un tortionnaire argentin retirée, élection présidentielle polonaise reportée, groupe parlementaire tout juste né et plainte pour violences policières déposée. Voici quatre infos que vous avez sûrement loupé ce week-end.

  •  La France retire sa décoration à un ancien diplomate condamné pour crimes contre l’humanité en Argentine

Ricardo Cavallo a reçu l’Ordre national du mérite en 1985 à Paris. Aujourd’hui âgé de 68 ans, il a été reconnu deux fois coupable en Argentine de crimes contre l’humanité. La première, en 2011, pour des enlèvements, des séances de torture, des passages à tabac et des assassinats à l’Ecole supérieure de la marine (ESMA), transformée sous la junte militaire en camp de détention clandestin d’où ont disparu 5 000 opposants. La seconde, en 2017, pour sa participation aux “vols de la mort”, pendant lesquels les prisonniers, après avoir été torturés, étaient drogués puis jetés vivants dans la mer depuis des avions. Ricardo Cavallo a été reconnu responsable de la disparition de deux religieuses françaises, Alice Domon et Léonie Duquet, en 1977.

Il a reçu la décoration française le 27 juin 1985, à la fin de sa carrière comme attaché de la marine à l’ambassade d’Argentine à Paris, une “courtoisie diplomatique sans signification particulière” selon un ancien diplomate du Quai d’Orsay. A l’époque, l’impunité était totale pour les tortionnaires de la dictature après le vote de lois d’amnistie en 1985 et 1986. Des milliers de militaires, de policiers et de civils responsables de crimes ont ainsi échappé à la justice.

Rattrapé par la justice en 2000, Cavallo est extradé en Espagne où le juge Baltasar Garzon avait porté plainte contre de nombreux Argentins pour “génocide et terrorisme d’Etat”. En août 2003, le Parlement argentin annule les lois d’impunité, permettant son procès à Buenos Aires, où il est finalement extradé en 2008.

Les organisations de défense des droits humains avaient signé en janvier une lettre demandant aux autorités françaises de lui retirer sa distinction. Cette dernière est passée inaperçue jusqu’en 2010, quand Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères, confirme à une ONG que la France l’avait bien attribuée.

Le décret retirant à Ricardo Cavallo sa décoration, signé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, date du 30 avril. Il n’a été porté à la connaissance du public que le jeudi 7 mai, à travers un message de remerciement du ministre des affaires étrangères argentin, Felipe Sola (voir tweet ci-dessus). Une décision qui fait suite à la visite d’Etat en France d’Alberto Fernandez, le président argentin, début février, où la ministre argentine de la justice et des droits humains, Marcela Losardo, avait interpellé son homologue française, Nicole Belloubet, à ce sujet. 

En décembre dernier, un ex-policier argentin, Mario Sandoval, réfugié en France depuis 1985, avait été extradé vers Buenos Aires. Il doit être juger pour son implication présumée dans la disparition d’un étudiant en 1976, sous la dictature.

  • Présidentielle en Pologne reportée
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Le président Andzej Duda reste pour l’heure président alors que la date du report de l’élection présidentielle n’est toujours pas connue. © Michał Józefaciuk / Wikimedia commons

L’élection présidentielle du 10 mai de ne se tiendront pas et une nouvelle date doit être décidée. Les députés devaient voter ce jeudi 7 mai une loi électorale polémique et défendue par le gouvernement, qui aurait permis le vote par correspondance.

La majorité PiS  (Droit et Justice) craignait qu’un bilan économique dégradé ne lui coûte, en cas de report, le poste-clé de président de la République. Il est aujourd’hui occupé par l’un de ses membres, Andrzej Duda. Or lui seul a pu mener campagne, profitant de la médiatisation de sa fonction. Les autres candidats ont subi les restrictions du confinement.

La complexité que présente l’organisation d’une présidentielle dans les conditions actuelles de la pandémie était si forte, que le report a fini par être acté y compris au sein de la majorité. De plus en plus d’élus PiS admettaient qu’envisager un vote par courrier le 10 mai était matériellement difficile. Les critiques pleuvaient. Le 30 avril, tous les anciens chefs de l’État et la majorité des ex-Premiers ministres se sont déclarés opposés à une “pseudo-élection” qui “ne sera ni générale ni équitable, sans garantie d’un vote secret et sans la possibilité d’un contrôle civique de l’honnêteté de son déroulement”.

Le président de la Diète – le parlement polonais – pourrait proposer un report de l’élection au 17 ou au 23 mai. Cependant, Jaroslaw Gowin, chef du petit parti Porozumienie (Entente), qui fait partie de la coalition au pouvoir, a précisé que l‘élection « n’aura pas lieu en mai »

La constitution polonaise impose que l’élection présidentielle se tienne 75 jours avant la fin du mandat du président en exercice, le 6 août. Mais l’élection n’est pas à l’abri d’une invalidation de la Cour suprême. Un nouveau scrutin serait alors convoqué après l’été.

  •  Des députés macronistes créent un nouveau groupe
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L’Assemblée comptera bientôt un neuvième groupe parlementaire, avec des membres principalement issus de la majorité. © Richard Ying et Tangui Morlier / Wikimedia commons

Le groupe LREM a déjà perdu 18 députés depuis le début de la législature, et la majorité pourrait encore en perdre bien davantage la semaine prochaine. Une vingtaine d’élus marcheurs s’apprêteraient à faire sécession et à rejoindre un neuvième groupe parlementaire. Baptisé “Écologie, démocratie, solidarité”, ce nouveau groupe de 58 députés de toutes obédiences s’organise pour être opérationnel le 1er juin mais surtout autonome de celui de LREM. Leur point commun ? Être en rupture avec certaines orientations prises par Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat et avec le fonctionnement de la majorité présidentielle. Dans leur profession de foi, ils affirment vouloir “faire plus et mieux à l’Assemblée nationale”, pour “répondre à l’urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales”.

Parmi les transfuges de LREM, se trouvent à la fois Aurélien Taché (Val d’Oise), connu pour ses déclarations polémiques sur l’islam et la laïcité, et Guillaume Chiche (Deux-Sèvres), qui porte la fibre sociale au sein de l’aile gauche de la majorité. Mais aussi Matthieu Orphelin (ex-LREM), proche de Nicolas Hulot. Il se murmure aussi le nom de Cédric Villani (ex-LREM), candidat dissident à la mairie de Paris. Aidés par l’ancienne ministre socialiste Delphine Batho (Deux-Sèvres), ils pourraient être suivis par d’autres collègues moins médiatisés.

L’initiative était censée voir le jour au lendemain des municipales, à la fin mars, mais elle a été stoppée par le coronavirus, qui a entraîné le report du second tour du scrutin. Certains se seraient alors découragés, mais maintenant que la première phase du déconfinement commence ce lundi 11 mai, la politique reprend ses droits. “Tout est encore en discussion, mais ce nouveau groupe verra le jour. Reste à savoir quand, et quel sera le format”, confie une source parlementaire au Figaro

Le divorce a été donc acté, mais le calendrier définitif et les modalités restent encore à définir. L’hypothèse d’une conférence de presse le 18 ou le 19 mai circule.

  • L’Ile-Saint-Denis : L’homme insulté de “bicot” lors de son interpellation porte plainte pour violences policières

La vidéo de l’interpellation de Samir le 26 avril à L’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a suscité une vague d’indignation. On y voit des policiers parler d’une personne qu’ils viennent d’interpeller. L’un d’eux déclare “Un bicot comme ça, ça nage pas” ou encore “Ha ha ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied”. Le journaliste Taha Bouhafs a diffusé cette vidéo.

Samir, 28 ans, ouvrier de nationalité égyptienne, dénonce des “violences volontaires ayant entraîné une ITT non déterminée à ce jour, en réunion, avec usage ou menace d’une arme, par personnes dépositaires de l’autorité publique” et à caractère raciste. Cet habitant de Seine-Saint-Denis, sans papiers et qui vit depuis plus de 10 ans en France, porte aussi plainte pour “violation de liberté individuelle” et “destruction de bien privé”, son téléphone portable ayant été détruit par un policier. 

Menotté dès son arrivée sur la rive opposée du fleuve, le jeune homme aurait reçu des coups de la part de plusieurs fonctionnaires. Il est alors conduit dans un fourgon, sous les insultes des policiers, puis une fois dans le véhicule, une femme lui aurait “écrasé la tête au sol avec son pied”, lui “intimant de s’excuser”, selon les détails de la plainte. Il incrimine notamment le commissaire divisionnaire d’Asnières, un officier déjà condamné pour “non-empêchement de délit” dans une autre affaire de violences policières.