Être confiné ou l’occasion de tester de nouvelles activités

Ukulele, écriture d’un roman, apprentissage d’une nouvelle langue ou encore confection de masques. Le confinement a offert à certains un trésor rare : le temps. L’occasion d’oser des activités jamais tentées mais aussi de reprendre des passions abandonnées.

Les séries Netflix c’est cool et ça va bien un moment mais je ressentais ce besoin de quelque chose de plus académique. Quelque chose qui allait vraiment laisser une trace chez moi pour la suite, relate Louise Gressier. Alors juste avant les vacances de Pâques, cette étudiante en journalisme à Tours se lance dans l’apprentissage de la langue arabe. Un écho à ses souvenirs d’enfance.  C’est une envie que j’avais depuis plusieurs années mais je n’avais jamais pris ni trouvé le temps pour le faire.  Cette langue m’a toujours fascinée. Petite, j’allais en vacances avec mes parents dans des pays du Maghreb et du Moyen-Orient et je passais du temps avec les enfants arabes de mon âge pour qu’ils m’apprennent l’alphabet, se remémore la jeune femme.

Ce temps laissé libre, c’est aussi ce qui a permis à Clothilde, étudiante en communication à Paris, de reprendre une passion laissée de côté depuis plus de six ans. Elle qui, petite, adorait écrire pour faire vivre ses histoires a profité de ces deux mois pour débuter la rédaction de son roman. L’écriture n’avait pas sa place dans mon quotidien. Mais là, le confinement, c’était mon prétexte pour me lancer sérieusement, explique la jeune femme de 22 ans. Je n’avais pas d’excuse pour faire autre chose.

Une ambiance qui a même influencé le thème et le style de son roman, une fiction qui s’ancre dans l’ère contemporaine. Je ne voulais pas écrire quelque chose de trop déprimant pour une fois, dans la mesure où la période actuelle est assez chargée en émotions négatives pour que j’en rajoute. S’il n’y avait rien de cette situation, j’aurais peut-être choisi un style plus anxiogène, confesse l’apprentie écrivaine. Ses lecteurs pourront donc découvrir les péripéties d’une jeune femme qui se retrouve avec un mort sur la conscience à la suite d’un accident de voiture.

S’initier grâce à internet

Andréa masques
Après avoir appris à confectionner des masques sur Youtube pendant le confinement, Andréa Vincent envisage à son tour de partager ses connaissances sur le réseau social. ©Andréa Vincent

Qui dit nouvelle activité, dit apprentissage. Mais en confinement, difficile de trouver des cours, des séances ou de rencontrer des professionnels. C’est donc sur internet que certains ont trouvé les bons conseils pour progresser, comme Chanelle Lakafia. Cette étudiante au Celsa à Paris a profité du confinement pour approfondir sa pratique du ukulélé, instrument reçu à Noël. Je regarde beaucoup de tutoriels sur Youtube, même si j’aurais aimé prendre des cours, ce qui m’aurait permis d’être plus régulière et de progresser plus vite. Mais je me dis que je peux bien y arriver, j’apprends à mon rythme et je vois les progrès assez rapidement donc c’est encourageant, sourit-t-elle. L’objectif ? Savoir en jouer en décembre prochain, date à laquelle elle devrait retourner en Australie si le contexte le permet, pays visité l’année dernière et qui lui a donné l’envie de la musique.

C’est aussi grâce à internet que Louise Gressier a pu s’initier à la langue arabe, en suivant des cours réalisés gratuitement par des enseignants-chercheurs sur Fun Mooc. Mon cours d’arabe est prévu pour être suivi sur 6 semaines et se fait par vidéos de 20 minutes. Il y a une partie théorique et ensuite une partie exercice pour s’entraîner avec quelqu’un qui lit à voix haute ce qui est affiché. Chaque fin de semaine il est possible de faire un petit test pour vérifier que tout est assimilé, sans obligation, explique l’étudiante en journalisme avant de souligner que la plateforme s’est arrangée pour allonger la durée des cours disponibles avec le confinement.

Quant à Andréa Vincent, 19 ans, c’est la floraison de vidéos sur Youtube qui lui a donné l’idée de se lancer dans la confection de masques. De quoi allier passion et utilité pour cette étudiante en école d’art à Lyon qui coud depuis une dizaine d’années. Si le masque est une protection médicale, il peut aussi être un accessoire de mode. Cela m’a donné envie d’en réaliser. Je me suis dit ‘tiens, si j’essayais moi aussi ?’ , raconte-t-elle.  Depuis, la jeune femme en propose à son entourage et a même commencé à recevoir des commandes pour ses créations ; uniques. Les masques sont fabriqués à partir de tissus, tantôt fleuris, tantôt unis. Ils ont tous une histoire. En améliorant le patron en rajoutant des petites coutures par-ci par-là, j’essaye d’y mettre ma patte, décrit Andréa Vincent.

« Je savais pourquoi je me levais le matin »

Au-delà d’avoir été un moyen d’occupation, une occasion, voire un défi pour certaines, ces nouvelles activités ont aussi été un moyen de traverser le confinement et peut-être de se retrouver, comme le suggère Chanelle Lakafia : J’espère être toujours rigoureuse dans l’apprentissage du ukulélé après le confinement. Cette pause obligée m’a vraiment aidée à retrouver une part de créativité que j’avais un peu perdue avant.

Clothilde, qui a écrit 50% de son roman pendant le confinement, compte bien écrire la suite. Elle reste persuadée que ce challenge lui a aidé à tenir le confinement. Écrire m’a donné un objectif quotidien. Quand j’ai commencé mon livre, j’ai recommencé à mettre des réveils ! Je savais pourquoi je me levais le matin, témoigne-t-elle.

Des passe-temps de confinement qui pourraient bien susciter des vocations. Si coudre des masques a permis à Andréa Vincent de se détendre et d’oublier la situation dans laquelle nous étions, la jeune artiste envisage à son tour de transmettre ses idées : J’ai commencé à créer mon propre patron qui fonctionne tout aussi bien. D’ailleurs je vais bientôt sortir une vidéo sur YouTube pour le partager !

Texte et dessin de couverture : Marylou Czaplicki