Corée du Nord : le pays de toutes les rumeurs

Depuis plus d’un mois, Kim Jong-Un, le dirigeant de la Corée du Nord, a presque disparu du spectre médiatique. Comme à chaque fois quand il s’agit de ce pays, les rumeurs vont bon train et impossible pour les médias occidentaux de démêler le vrai du faux. 

Mais où est donc Kim Jong-Un ? Depuis la mi-avril toutes sortes d’histoires circulent au sujet de l’état de santé du leader nord-coréen : il serait malade, mort, en convalescence ou juste confiné dans une station balnéaire. Si une réapparition début mai avait brièvement fait taire les rumeurs, son absence du spectre médiatique s’est depuis de nouveau faite remarquer et les spéculations reprennent. 

Des informations douteuses

Les médias occidentaux ont développé de très mauvaises habitudes vis-à-vis de la Corée du Nord. En 2014 déjà, six semaines d’absence médiatique avaient valu au leader suprême d’être annoncé mort. La même année, il était accusé d’avoir fait exécuter sa maîtresse, la chanteuse Hyon Song-Wol, avant que celle-ci ne réapparaisse finalement quelques mois plus tard. En 2015, le scénario se répète, Kim Jong-Un aurait forcé sa tante Kim Yong-Hui à se suicider. Une fois de plus, tout est faux et de tels exemples sont légion.

“Un trou noir informationnel”

Maintenant, comment expliquer la régularité avec laquelle les médias occidentaux propagent ces fausses rumeurs ? Depuis 1953, la Corée du Nord vit en totale autarcie. Dirigée d’une poigne de fer par la dynastie des Kim, la République populaire est plutôt avare en information. Et c’est peu dire : le pays est dernier du classement Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse. En 2011, le journaliste Isaac Stone Fish l’avait même caractérisé de “trou noir informationnel”. Tout y est extrêmement cloisonné. L’information qui circule dans et hors du pays est contrôlée par l’agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA),l’organe de propagande du régime. Il en va de même pour les rares journalistes étrangers autorisés à entrer en Corée du Nord. Le moindre déplacement, la moindre interaction, sont supervisés par le régime. 

Des sources peu nombreuses et parfois peu fiables

Autre point, les sources sont rares et difficiles à exploiter. Les médias sud-coréens et occidentaux récoltent une bonne partie de leurs informations auprès des défecteurs nord-coréens, ce qui pose un certain nombre de problèmes. Ces transfuges sont généralement des gens ordinaires qui ne savent de leur pays que ce que le régime a bien voulu leur en dire et n’ont pas une vision globale de la situation. Des sources dont la fiabilité est aussi fréquemment remise en question : payés pour leurs témoignages, certains défecteurs auraient tendance à délivrer des récits toujours plus sensationnalistes pour réussir à les vendre. Pour ne rien arranger, Pyongyang ne dément jamais. “Ça fait partie de la politique du régime, avance une source qui a exprimé le souhait de rester anonyme. Comme ça ils entretiennent le flou. Ils sont très difficiles à cerner, on ne sait jamais de quoi ils sont capables.”

Un manque de sérieux


 “Il y a un appétit du public pour n’importe quelle histoire sur la Corée du Nord, et plus elles sont salaces, mieux c’est”, disait en 2013 John Delury, expert de la République populaire à l’Université de Yonsei à Séoul, dans un entretien donné au Guardian. “Quand il s’agit de ce pays, les standards du journalisme sont jetés par la fenêtre”. En effet, le traitement des informations concernant la Corée du Nord manque parfois de sérieux. La rareté des interlocuteurs empêche souvent les journalistes de croiser leurs sources, comme la fois ou les médias du monde entier avaient relayé la nouvelle de “l’exécution” de l’oncle de Kim Jong-Un, prétendument dévoré par 120 chiens. L’information s’était en fait avérée être tirée d’un message satirique chinois, pris au sérieux par des journaliste sud-coréens.

Photo : The White House