Ode aux masques bien portés

Ode aux masques bien portés

En tissu, en papier, en coton, voire en soie ;

Bleu de bloc, blanc tout propre, jaune, rouge, noir ou à fleurs ; 

Sur nos visages poussent un accessoire roi. 

Il y a quelques mois, nous nous serions fait peur.

 

Aujourd’hui, c’est banal, c’est lambda, c’est la norme.

“N’oublie pas ton masque!”, lance la femme à son mari

– le confinement n’a pas fait la réforme

De la charge mentale, j’en aurais fait le pari. 

 

Sur son utilité, il y a eu quiproquo, 

J’abdique.

L’exécutif s’est emmêlé dans ses propos, 

Classique.

 

Mais est-ce une raison pour le porter de travers ? 

Pour voir dépasser les museaux, les pifs, les nez ? 

Pour toucher du bout des doigts les autres, la terre, 

Et deux secondes plus tard, son masque replacer ? 

 

On nous l’a dit et répété : nez, bouche, menton,

Pour protection, sont à couvrir intégralement.

Pour l’enlever, attendre d’être à la maison, 

Et pour l’ôter : par les oreilles seulement ! 

 

À la télé, dans les journaux, sur les réseaux ;

Les images circulent. 

Depuis deux mois, les modes d’emploi sortent à gogo.

Qu’on a l’air ridicules…

 

Ridicules de sortir le masque sur le front

Sur le menton, dans le cou, sous le nez, à la main.

Ridicules. Inutiles. Enfer et damnation. 

Buée sur les lunettes, je fustige dans mon coin. 

 

Je sais bien qu’il fait chaud sous cette bande de tissu, 

Qu’on sent, quand on respire, un souffle sur nos lèvres ; 

Qu’on ne peut s’empêcher de mettre nos mains dessus ; 

Je le dis tout de même : ces écarts m’énervent. 

 

Et quand je bous, j’écris. Je donne aux mots la forme 

De mes sentiments limpides, ma rage au sommet. 

Sur le port du masque, je veux que l’on se conforme !

Ou bien la prochaine fois : je pondrai un sonnet.

 

Illustration : Nuria Martin