France d’après, tous décideurs ?

Entre solidarité citoyenne et tentative de prises de décisions majeures au niveau local, la crise sanitaire a fait naître des initiatives inédites. Certains espèrent que cela se répercutera sur la vie politique française. Mais ce n’est pas encore gagné.

Le second tour des élections municipales aura lieu, c’est sûr. Édouard Philippe l’a annoncé pour le 28 juin. Sauf avis contraire du conseil scientifique, les colistiers des quelques 5000 communes concernées ont donc un mois pour convaincre les électeurs. Quand beaucoup craignent une abstention record au vu des circonstances sanitaires, d’autres se demandent s’il ne serait pas temps pour les citoyens de reprendre la main. 

Répondre à la crise démocratique

“Démocratie participative”, “initiatives citoyennes”, depuis quelques années, ces expressions reviennent comme une rengaine et une volonté discrète des citoyens de s’impliquer d’avantage dans les décisions qui les concernent. Dans les entreprises et au niveau local notamment, les dispositifs participatifs se sont multipliés. “Derrière cela, se trouve l’idée que faire participer les concernés est nécessaire pour répondre à la crise démocratique et pour avoir des politiques plus justes”, explique Alice Mazeaud, maîtresse de conférence en sciences politiques et chercheuse sur les ressorts de la participation. Selon elle, “on n’a jamais autant parlé de participation des citoyens et pourtant, c’est loin d’être devenu une réalité”

Pour raviver la machine au temps du coronavirus, un collectif de chercheurs lançait un appel dans Le Monde, le 8 mai dernier (article payant). “Pourquoi ne pas imaginer de nouveaux dispositifs de démocratie interactive adaptés à la situation actuelle ?”, ont-ils écrit, en louant la “vitalité de la société civile”. Il est vrai que les initiatives solidaires ont fleuri pendant le confinement, comme si la crise avait amené les Français à regarder autrement leur territoire et leurs voisins. D’aucuns se sont organisés pour envoyer des lettres aux résidents en Ehpad, d’autres ont cousu des masques, fait des courses, aidé pour les devoirs. Comme souvent, c’est à travers les outils numériques que les citoyens ont mené leurs actions. Réseaux sociaux mais aussi plateformes collaboratives lancées par les communes ont servi de base. “Les outils fonctionnent, le problème n’est pas là, appuie Alice Mazeaud. Pour que la participation citoyenne aboutisse, cela suppose une réflexion politique sur l’intérêt de les faire participer. Or, leur contribution a été très clairement dépolitisée.”

Tentatives locales

Politisés, eux, le sont. En plein imbroglio politique local, les maires – sortants, réélus ou en ballottage – ont également tenté de prendre des décisions pour leur territoire. Une volonté de décentralisation minime et temporaire, quitte à s’attirer les foudres du Conseil d’État. Port du masque obligatoire en centre-ville, restriction des plages horaires dédiées à l’activité physique, couvre-feux. Chez les élus locaux comme chez les citoyens la crise sanitaire aurait pu être un déclic, une manière dans l’adversité de s’impliquer davantage dans les décisions qui les concernent. Pourtant, Alice Mazeaud reste sceptique et craint, dans les mois à venir, d’assister “à une verticalisation du pouvoir et de la décision”. “Pendant cette crise, le discours expert a été valorisé et l’exécutif a traité la population avec paternalisme, souligne-t-elle. Donner ensuite davantage de capacités démocratiques aux citoyens marquerait une rupture nette.” Quant à savoir si des prémices de changement se feront sentir dans les urnes municipales, nul se risque à faire des prédictions.

 

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